La transformation digitale dans le domaine du pétrole et du gaz

L’arrivée du numérique et des technologies associées a bouleversé de nombreux secteurs au cours de la dernière décennie. En les investissant un à un, les grands acteurs du web et du numérique — GAFA en tête — ont provoqué une prise de conscience chez les acteurs historiques quant aux potentiels de développement liés à la transformation numérique des activités ainsi que sur les risques de voir leurs cœurs de métiers menacés. Le secteur de l’énergie n’a pas dérogé à cette tendance. Après avoir abordé dans une première fiche les implications des grands acteurs du web et du numérique dans le secteur de l’énergie, cette seconde fiche s’intéresse désormais à l’action — ou à la réaction — des acteurs de l’énergie, et plus spécifiquement ceux du pétrole et du gaz, à l’égard du numérique.

À l’image des capteurs, dont la forte baisse du prix moyen s’est accompagnée d’un accroissement du nombre de prestations offertes, la technologie est de plus en plus accessible et fiable. Ainsi, dans le secteur pétrolier et gazier, le numérique offre d’innombrables opportunités. Les différents acteurs en sont conscients et ont la conviction que les technologies digitales représentent l’avenir. Néanmoins, tous ne s’y engagent pas à la même vitesse. Au sein de cette industrie, où les investissements atteignent des montants très élevés, un changement de rapport vis-à-vis de la donnée, véritable richesse historique, s’opère lentement et aucune rupture véritable n’a encore été constatée. En 2014, le secteur de l’énergie et des utilities ne pointait qu’en 13e position dans le classement des secteurs les plus enclins à l’adoption de solutions de type cloud.

Si l’engagement effectif des entreprises pétrolières et gazières dans le digital se fait à vitesse variable, le contexte économique du secteur joue un rôle primordial. La chute brutale des prix du pétrole en 2014, la rémanence d’un niveau bas depuis lors et la nécessité qui en découle de réaliser des économies constituent des facteurs d’orientation vers les solutions digitales. Se posent par conséquent les questions relatives à l’intensité de cet engagement. Que pourrait donner une éventuelle remontée progressive des prix du pétrole sur les avancées faites par les entreprises ? Une fois engagés dans leur transformation digitale, vers où vont les acteurs du secteur ? Le recours à des solutions numériques n’est-il qu’un moyen de maintenir des marges raisonnables au cours d’une conjoncture particulièrement maussade ? Ou bien ne constituerait-il pas un mouvement de fond, décorrélé de l’évolution des prix du brut, qui amènerait les acteurs des métiers du pétrole et du gaz vers de nouveaux modèles économiques, bouleversant ainsi le paysage concurrentiel et la gouvernance du secteur 

 

LES TECHNOLOGIES NUMÉRIQUES, SOLUTIONS FACE À LA BAISSE DU PRIX DU BARIL

L’effondrement du prix du baril de pétrole à partir du mois de juin 2014 a de nouveau ouvert une ère de rigueur pour les acteurs du secteur du pétrole et du gaz. Avec un prix passé d’environ 110 à 50 USD en à peine plus de six mois, et maintenu dans cet ordre de grandeur depuis , les revenus des compagnies pétrolières ont été considérablement réduits. Dans un contexte de modération des prix du brut à court et moyen termes, il est redevenu impératif d’agir sur les charges d’exploitation, sur la productivité et sur les délais de mise en production afin de conserver des marges raisonnables ainsi que de meilleurs retours sur investissement. Pour cela, des investissements de rupture au niveau des actifs existants sont nécessaires et ce, notamment, en intégrant puis en exploitant les technologies du numérique

Une gestion optimisée des actifs

Dans le sillage de la forte réduction des dépenses en exploration-production (–  42 % au cours des deux années précédentes, le nombre de grandes découvertes conventionnelles s’est réduit tandis que ces dernières ont été réalisées dans des zones de plus en plus difficiles d’accès, à l’environnement hostile (région Arctique, mer profonde, ultra-profonde, déserts, etc.). À ces nouveaux défis de l’industrie, la transformation digitale dans le domaine de la production de pétrole et de gaz offre aux compagnies des outils de réponse.

Ainsi, la surveillance renforcée des installations et des équipements via l’implantation de solutions numériques — capteurs en tête — constitue l’un des leviers pour les opérateurs pour améliorer les procédés d’exploitation de leurs champs existants, maintenir une production rentable et faire face aux risques HSE (hygiène, sécurité, environnement). Grâce à la récolte de nombreuses données concernant le fonctionnement de leurs équipements, les opérateurs sont désormais en mesure d’élaborer un “double numérique”, modèle virtuel présentant l’installation dans son ensemble. Ils peuvent ainsi établir des diagnostics des différents équipements, prédire les défaillances et anticiper les pannes. Non seulement le coût des opérations de maintenance s’en retrouve réduit mais les arrêts de production peuvent également être écourtés grâce à une réactivité renforcée de la part des équipes opérationnelles.

Poussée plus loin, la notion de “double numérique” peut permettre d’établir des prévisions de ce que pourrait subir l’installation selon des scénarios incluant des événements plus ou moins probables (défaillance sur une plateforme d’opérations, catastrophe naturelle, etc.) afin que les ingénieurs et les opérateurs préparent la meilleure réponse possible.

Néanmoins, l’implantation de solutions numériques s’accompagne de nombreuses contraintes d’ordres sécuritaire et financier (coûts liés à l’arrêt de la production, etc.).

 

Aussi les outils destinés à prévenir sinon à minimiser les risques de catastrophe (surveillance de l’état des équipements, systèmes d’anticipation des failles, coupure à temps des activités) supposent une connectivité qui s’avère délicate à mettre en place dans des localités éloignées (offshore lointain, zones désertiques, etc.).

UNE ÉVOLUTION DES COMPÉTENCES

Incontestablement, la digitalisation va grandissant et impliquera de toutes les manières des changements profonds dans la façon de travailler au sein du secteur du pétrole et du gaz. Les entreprises qui parviendront à implanter des solutions big data, sur la base des capteurs et des nouvelles technologies, et à en extraire des analyses fines pour la gestion de leurs actifs, seront les plus à mêmes de parvenir à des objectifs de performance économique.

Au-delà des économies qu’il permet de faire et des nouveaux défis auxquels il permet de répondre, le numérique est un moyen de faire évoluer les métiers de l’énergie et de constituer de nouvelles sources de revenus. Pour les énergéticiens, il est question de gagner de la valeur en surpassant les attentes7.

Enfin, à l’heure où le secteur du pétrole et du gaz entrevoit un “grand bouleversement de ses effectifs”8 avec le départ à la retraite à venir d’une génération d’ingénieurs pétroliers, il est nécessaire pour cette industrie d’engager une stratégie de capitalisation des connaissances et des métiers. Dans la mesure du possible, la codification et l’automatisation des analyses de routine et des processus de décision grâce à la digitalisation et aux récentes technologies d’intelligence artificielle peuvent être des outils utiles à l’atteinte de cet objectif

CONCLUSION

Dans la fiche qui abordait la digitalisation du secteur de l’énergie suivant le point de vue des grands du web et du numérique, nous avions observé que les acteurs de tous bords se cherchent encore et qu’il était difficile de savoir lesquels s’imposeraient au cœur du nouveau paradigme apporté par l’essor des technologies de la donnée.

Après un regard porté cette fois du côté des acteurs du secteur du pétrole et du gaz, il apparaît qu’un cap a été franchi. Le “choc” nécessaire à l’évolution des mentalités semble avoir eu lieu et il est admis et acquis par tous que les nouvelles technologies de la donnée vont entrer de plain-pied dans ce secteur.

Certes, l’exploration et la production d’hydrocarbures restent protégées par les montants colossaux des capitaux qu’elles requièrent. Dans ce cadre, la recherche de baisse des coûts peut passer par une voie classique d’amélioration de la productivité en utilisant ces nouvelles technologies dans une chaîne de valeur traditionnelle. Néanmoins, l’énergie devient progressivement un service et non plus seulement une commodité. Le développement de nouveaux services B2B ou B2C est la clé d’un potentiel gain en valeur ajoutée. “

Or s’il demeure délicat de définir quels acteurs s’imposeront au final, beaucoup d’entre eux, de manière visible ou encore internalisée, s’y préparent. Les propriétaires des données (jusqu’ici les opérateurs) réussiront-ils eux-mêmes à contrôler ces services ? Les fournisseurs de ces opérateurs principaux seront-ils ceux capables de s’immiscer plus avant dans ce marché en profitant de l’accès à de nouvelles données ? Les acteurs du numérique, fournisseurs de matériels (IBM, etc.) ou d’applications (souvent des start-up) seront-ils partenaires ou pourront-ils prendre une part du leadership ?

C’est donc bien à une “course” vers la capacité de proposer ces nouveaux services, en utilisant au mieux les technologies de la donnée, que nous assistons désormais.

 

Source: ifpenergiesnouvelles.fr

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