La Tunisie : Le pays fondé par une femme.

L’Histoire de la Tunisie est marquée par de nombreuses figures féminines ancrées dans la mémoire collective pour leur rôle politique important, à l’instar d’Elyssa – ou Didon, fondatrice de Carthage (IXe siècle avant J-C), de la Kahena, figure emblématique de la résistance berbère contre l’expansion arabe en Afrique du Nord (VIIe siècle) ou encore d’Aziza Othmana, princesse érudite bienfaitrice des pauvres et indigents (XVIIe siècle).

Dans un pays qui a été fondé par une femme, l’image de cette dernière a constamment oscillé entre, d’une part, celle de conseillère secrète tapie dans l’ombre des palais et des harems qui utilise ruse et subterfuges pour infléchir les décisions des hommes et, d’autre part, celle de travailleuse acharnée dans les champs agricoles soumise à la bonne volonté de l’homme, mais gagnant de la prestance, l’âge avançant. 

Dès 1930, Tahar Haddad, penseur, homme politique et syndicaliste tunisien, fut l’un des premiers à soulever la question du statut personnel des femmes défendant l’égalité totale, y compris en matière d’héritage. 

« Si donc nous mésestimons la femme et oublions le discrédit et le mépris en lesquels elle se trouve être aujourd’hui, cela ne saurait être qu’une forme de la mésestime en laquelle nous nous tenons nous-mêmes. » (Tahar Haddad, 1930)

Ainsi, la Tunisie devient l’un des pays arabo-musulmans les plus avancés en matière de droits des femmes. Soutenues par des personnalités masculines, des Tunisiennes ont pu investir de nombreux champs professionnels, sans pour autant améliorer leur participation publique.

Pourtant, les Tunisiennes, qui représentent 50,5 % de la population, constituent 63,6 % des lauréat.e.s au baccalauréat, 68 % des diplômé.e.s du supérieur, 49 % des cadres supérieur.e.s et techniques, et 39 % de la fonction publique. Elles sont fortement représentées dans certaines professions comme la magistrature (32 % de femmes), la médecine (42 %), la pharmacie (27 %), l’enseignement universitaire (40 %) … Mais elles sont seulement 6 % à occuper des postes décisionnaires et ne bénéficient que de 17 % des nouveaux emplois créés.

A qui doit-ont rendre hommage ?

De la fondatrice de Carthage aux femmes qui ont manifesté lundi 13 août pour la journée de la femme en Tunisie, beaucoup de figures ont marqué l’histoire du pays.

La Reine Didon / Elyssa (époque carthaginoise)

Reine légendaire dans la mythologie grecque aurait fondé Carthage en 814 avant Jésus-Christ. Fille de Mutto et roi de Tyr, elle quitte son pays lorsque son frère accède au pouvoir après avoir tué l’homme qu’elle aimait, Sicharbas. La légende veut qu’en arrivant sur les côtes africaines elle demande une terre aux autochtones, qui pourra tenir dans la peau d’un bœuf. Elle délimite alors avec les lambeaux de peau la terre de Carthage. Elle se suicide peu après, en mémoire de son époux quand le roi du pays, Larbas lui demande de l’épouser.

La Kahena (686-704)

Dihya (sage, stratège) qui est connue sous le nom de la Kahena (la prêtresse ou sorcière), est une reine guerrière berbère qui unifia les tribus amazighes pour contrer les invasions islamiques. Elle gagna deux batailles face aux musulmans et réussit à régner sur toute l’Ifriqiya pendant cinq ans. Elle sera la seule femme de l’histoire à combattre l’empire omeyyade.

Lella Manoubia, la sainte 

De son vrai nom Aïcha Manoubiya, elle symbolisa une autorité religieuse au début du XIVè siècle. Grandissant dans le quartier de la Manouba à Tunis, elle montra très jeune un intérêt pour les textes islamiques. Son intérêt trop poussé la fit passer pour folle et son refus de se marier la conduisit à se prendre en charge. Dans la médina, elle mendiait, mais se rendit célèbre par sa charité auprès des plus défavorisés. Elle poursuivra ainsi sa vie de mystique, recevant les fidèles et imposant une certaine crainte par son mode de vie et sa beauté. Très cultivée et imprégnée des hadiths et des sciences, elle allait jusqu’à prier à la mosquée de la Zitouna à Tunis en compagnie des hommes.

Bechira Ben M’rad, la pionnière du féminisme

Fondatrice de l’UMFT (Union musulmane des femmes de Tunisie), cette fille d’intellectuels tunisois s’engagea politiquement afin de permettre aux femmes d’adhérer au Mouvement National musulman en commençant par une kermesse pour récolter de l’argent en faveur d’étudiants installés en France. En mai 1936, l’UMFT naît pour être officialisé en 1951. 

Tawhida Ben Cheikh, première médecin Morte à 102 ans

La première femme médecin tunisienne et dans le monde arabe a aussi la première bachelière dans le pays. Elle a accédé à la Faculté de médecine de Paris en 1936, et rentre à Tunis pour ouvrir son cabinet. Elle s’orientera vers la gynécologie et contribuera à mettre en place le Planning familial tunisien dans les années 60. Cette femme a également marqué son siècle par son action militante en prenant la direction de la première revue féminine tunisienne, éditée en langue française « Leila ». 

Ons Jabeur, la fille prodige

Née en 1994 à Ksar Hellal, Ons jabeur est la première joueuse africaine à gagner un tournoi du Grand Chelem en simple, junior et senior confondus en gagnant la finale de Rolland Garros contre la portoricaine Monica Puig le 5 juin 2011. La joueuse n’avait pas encore 16 ans. Elle avait déjà accédé à la finale du tournoi en 2010. 

Habiba Ghribi, des jambes en or

Son sourire a fait le tour du monde lorsque cette athlète de 36 ans a remporté la médaille d’argent au 5000 m steeple des jeux Olympiques de Londres 2012. Elle dédicace sa médaille à tous « les tunisiens » et devient la première femme tunisienne à remporter une médaille olympique. 

Habiba Ghribi n’en est pas à sa première… Elle nous a habitués à ses succès et nous a redonné goût à l’athlétisme. Ceux qui ont vécu l’âge d’or de l’athlétisme tunisien avec le champion olympique Mohamed Gammoudi, ont la chance de vibrer à nouveau grâce la native de Kairouan.

 

Malgré la présence de la gent féminine qui ambitionne d’assumer la plus haute responsabilité dans le pays, la sous-représentativité de la femme tunisienne au pouvoir perdure toujours. Ainsi, faut-il réaffirmer son rôle, consolider ses acquis et lui accorder plus d’opportunités dans la vie politique. Tout cela sans occulter, indubitablement, les réformes qui doivent être apportées en vue d’optimiser les conditions de travail et de vie des femmes défavorisées dans les régions rurales, marginalisées ou sinistrées. Des femmes sans lesquelles, la Tunisie n’aurait pas été ce qu’elle est devenue aujourd’hui…

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