L’industrie automobile face à la pire crise de son histoire [Covid-19]

La crise du coronavirus touche une industrie automobile déjà sous pression. Les experts du secteur craignent un fort impact sur certains fournisseurs.

“Il s’agit de la pire crise qui ait jamais touché l’industrie automobile”, alertait à la fin du mois de mars le directeur général de l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA), Eric-Mark Huitema. Depuis un trimestre, les mesures prises à travers la planète pour enrayer la progression de l’épidémie de Covid-19 ont mis à l’arrêt les chaînes de production mondiales et provoqué la désertion des concessions. En France, les ventes de véhicules particuliers et utilitaires neufs ont chuté de 70,9 % en mars, d’après les données du Comité des constructeurs français d’automobiles (CCFA). Sur les trois premiers mois de l’année, la baisse des ventes a atteint 32,9 % dans l’Hexagone. En Chine, premier marché mondial, les transactions se sont écroulées de 79,1 % en février, a précisé l’Association chinoise des constructeurs automobiles (CAAM). Au total, les ventes de véhicules légers pourraient chuter de 15 à 23 % dans le monde en 2020, à 77 ou 69 millions d’unités, estime le cabinet LMC Automotive. Pire que lors de la crise économique de 2008-2009.

“Entre 2007 et 2009, les ventes mondiales de véhicules légers avaient baissé de 6 millions d’unités à 64 millions de voitures, soit un déclin de 8,7 % sur deux ans”, rappelle LMC Automotive dans sa note publiée fin mars. “C’est une configuration inédite. En 2009, certains marchés permettaient de sauver la demande, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui”, confirme Bernard Jullien, maître de conférences à l’université de Bordeaux.

Un effondrement qui fait craindre de lourdes conséquences pour l’industrie automobile, déjà sous pression du fait de son entrée dans un cycle baissier et des investissements colossaux nécessaires pour financer la transition vers le véhicule électrique. Si elle apparaît globalement mieux armée qu’en 2009, la filière a accueilli avec soulagement les mesures de soutien prévues par plusieurs pays, comme le chômage partiel et les prêts garantis en France.

Dans le même temps, les groupes automobiles devraient multiplier les “mesures drastiques” à court terme, en coupant “toutes les dépenses non-indispensables à la survie” pour tenter de limiter l’impact de la crise du coronavirus.

Les fournisseurs en première ligne

Voire “réduire leurs capacités de production” et donc fermer des usines, surtout si la demande ne connaît pas le rebond attendu par l’industrie. “Le scénario idéal repose sur un effet de rattrapage au second semestre, avec une confirmation du dynamisme de la demande en 2021. Or, il n’est pas du tout évident que les clients se ruent dans les concessions à la fin du confinement”, prévient Bernard Jullien.

De quoi expliquer l’inquiétude des salariés de Bosch à Onet-le-Château, non loin de Rodez (Aveyron), qui craignent que cette crise ne mette en danger les efforts de restructuration entamés dans l’usine. Dans son scénario noir (récession mondiale entre 2020 et 2021 et des ventes en retrait de 20 à 25 %), AlixPartners estime que les constructeurs pourraient se retrouver privés de plus de 90 milliards d’euros de flux de trésorerie. Mais le cabinet s’inquiète surtout de la fragilité de certains équipementiers. “L’impact sur la liquidité pourrait frapper fortement les nombreux fournisseurs qui affichaient déjà des flux de trésorerie négatifs en raison d’investissements élevés, et menacer rapidement leur existence”, insistent les auteurs de l’étude.

“Les équipementiers de rang 2 et 3 semblent les plus à risque. Certains souffraient déjà avant le coronavirus et ne disposent pas de la même capacité de recapitalisation qu’un groupe comme Renault”, analyse Bernard Jullien.

En France, cette crise pourrait accentuer les difficultés de certains spécialistes du diesel, déjà secoués par le déclin de cette technologie. Dans un tel contexte, les rapprochements entre entreprises, via des fusions ou des partenariats, devraient se poursuivre. Et ce, aussi bien chez les constructeurs que les équipementiers : “Il va être difficile de continuer à exister avec un chiffre d’affaires de 20 milliards d’euros. De tels groupes ne pourront pas rester seuls”, expliquait il y a peu un spécialiste de l’automobile à L’Usine Nouvelle, avant que l’épidémie du coronavirus n’engendre le confinement de la moitié de la population mondiale. Un constat encore plus vrai demain qu’hier.

 

Source: l’usine nouvelle

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